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Africa N°1
Celtel

Témoignage de
Pascale Jeannot:
représentante du LCDM
Lutte Contre la Drépanocytose Madagascar
et membre de l'OILD.

La drépanocytose nous est "tombée dessus" comme pour beaucoup de parents, lors d'un examen poussé, suite à une anémie et d'une splénomégalie chez ma fille, aujourd'hui agée de 11ans et demi.

La drépanocytose, jamais entendu, encore moins son existence dans notre famille, du moins de cet appelation là.

Nous étions alors sur Toulouse lorsque le diagnostic nous a été donné. Etrange mais ce sont les mots qui vous sont dis lors de cette annonce qui vous restent gravés dans la tête pour toujours.



"Votre fille a la drépanocytose, c'est une maladie génétique grave, elle ne va pas guérir, sa maladie est à évolution sévère, et elle peut en mourir à chaque crise".


Voilà et on vous laisse partir pour toutes sortes de réflexions bizarres.

Mais bien que ce fut atroce comme annonce, je n'ai pas encore réalisé la "gravité" de la maladie, sur le coup. On a dû transfuser ma fille en vitesse, elle était à 4,5g d'hémoglobine, puis après on nous avait demandé de bien la faire suivre dans la ville où nous étions.

Effectivement, nous venons d'arriver en France, elle n'avait que 2ans, et rien auparavant, du moins ce que je croyais, ne présageait autre chose, que des maux d'enfants, hélas!

La drépanocytose n'est pas diagnostiquée à la naissance à Madagascar, pays d'où je suis originaire, et ayant eu un beau bébé (3,780kg) bien portant, nous sommes sorties dans la journée même de la maternité, puisque je pouvais me faire suivre par ma sage femme à la maison.

En France donc, nous continuons à vivre à peu près comme avant, l'annonce de cette maladie, dans l'insoucience peut être de la "gravité" de la pathologie en elle même.

Les crises furent de plus en plus fréquentes, et les douleurs insoutenables.C'est alors que je réalisais au fur et à mesure, qu'effectivement notre vie ne serait plus comme avant, et qu'elle ne tenait qu'à un fil pour mon enfant, et que chaque jour serait une victoire, autant pour elle que pour moi.
Habitant en province, nous avons eu droit à toutes sortes d'errance de diagnostics, des recherches de foyers d'infections, sans qu'il en soit nécessaire, des retours à domicile avec 39 de fièvre, et des douleurs, avec comme prescription du doliprane, et des allers retour sans fins, vers le centre hospitalier, jusqu'à se faire souvent "réprimander" par les médecins, parce que considérée souvent comme une hypochondriaque, ou autre.

Toujours est il que toute l'équipe ne partageait pas ce point de vue, mais à chaque fois, que nous "traînons" trop dans les dignostics, je leur demandais de contacter, Mariane De Montalemebert sur Necker qu'un ami, nous avait présenter un jour, afin de les aider, mais c'était trop demandé à l'orgueil de certain médecin!

Me retrouvant seule, un an après avoir apris la maladie de mon enfant, il a bien fallu, allier, vie de famille, mère,école, travail, et hospitalisations, et seule dans une ville où vous êtes la bête curieuse de tous les soignants et des personnes qui n'ont jamais entendu parler de cette maladie, c'est dure, et on se sent perdu.

Notre arrivée sur Paris fut un soulagement, pour nous, car nous avons pu adhérer à une association de malades, drépanocytaire, (SOS GLOBI)suite à une très grosse crise(CVO).

De là, nous avons pris conscience de l'ampleur du nombre de malades, et le soulagement de pouvoir en parler autour de nous. Mais ?????l??º??je fus encore plus étonnée de voir qu'elle était aussi ignorée , qu'en Province.

Je lui chantais une berceuse de chez nous qui demande à l'oiseau de prendre l'enfant (la douleur) avec lui, afin qu'il puisse nous le ramener endormi, et calmé.
elle me dit tremblant, de douleurs:

 

"Maman promets moi, qu'il n'y aura pas d'autres, qui me feront aussi mal, parce que je ne le supporterais plus." Ou alors quand est ce que tout ceci s'arrêtera?"

 

Lorsque en primaire une fille fit un malin plaisir à lui dire qu'il fallait qu'elle change d'école puisqu'elle allait bientôt "crever", et qu'il valait mieux pour elle qu"elle ne crêve pas devant elle, en tant que mère vous hurlez devant autant d'injustice, et vous vous dites qu'un jours il faut bien que tout cela s'arrête!
Vous regardez son corps que vous ne reconnaissez plus, car vous ne pouvez pas le toucher, trop douloureux, vous priez de toutes vos forces pour prendre les douleurs entièrement sur vous, mais ceci n'est pas réalisable.

Alors vous vous battez! Je me dis souvent, si elle, elle peut supporter tout cela, je d&?????l??º??eacute;placerais les montagnes pour faire entendre ses douleurs, et pour tous ces enfants, que l'on "entend pas".

J'organise ma vie, comme tout le monde, mais avec d'autres objectifs qu'avant bien sure. Nous ne pouvons pas nous permettre, le genre de promotion, des billets non remboursable, et non modifiable, car comme je le dis souvent, en plus de vivre avec cette maladie, invalidante, nous devons être riche, car à tout instant, une crise peut arriver, et les voyages sont souvent annulés, trop souvent d'ailleurs.

Les ras le bol existent de moins en moins, parce que nous faisons en sorte de ne jamais laisser ce domaine pris par la drépanocytose. Depuis que je suis membre de l'OILD et SOS Globi, je ressens moins cette culpabilité face à la maladie de ma fille, car bien que nous répétions sans cesse que nous ne sommes pour rien, on est parent et ça fait mal. Il y a aussi le fait d'apporter ma contribution au combat de lutte contre la drépanocytose, en participant à toutes sortes de programmes, et réunions. Je pourrais dire un jour, je ne me suis pas tue, j'ai essayé de faire quelque chose.

j'ai décidé de fonder l'association de Lutte contre la drépanocytose à Madagascar, avec deux amies médecins, qui connaissent mon cas, et ?????l??º?? qui sont volontaires pour faire avancer les choses, de par l'expérience que j'ai vécu en ignorant la maladie, je ne voudrais pas qu'une autre personne la vive. Je sais ce que c'est, d'être maltraitante sans le vouloir avec son enfant parce qu'on ignore, de quoi pleure-t-elle, alors, on essaye toutes sortes de massages.

Par ces mots d'enfants, elle vous dis: "bobo partout maman".

Maintenant que je suis consciente de l'ampleur de la douleur que j'ai pu lui infliger en la masser en pensant "apaiser la douleur", je ne peux laisser d'autres enfants, le subir, ni d'autres parents le faire. Par la suite j'ai su que cette grosseur est un des premiers symptomes de la drépanocytose chez le jeune enfant et on m'a conseillé de la laisser "pourrir" pour mieux faire sortir le pu de sa main! C'est affreux car à ce jour elle porte des séquelles. Chose à ne pas faire.
Pour tout cela, la force d'une association est plus que nécessaire, elle est vitale, elle permet de s'exprimer et de réunir des idées qui peuvent enrichir tout le monde, et on avance, plus vite.
Elle est suivi par une très bonne équipe médicale, en qui je fais entièrement confiance, et que je ne remercierais jamais assez.
Les traitements, ne l'empêchent pas de faire de grosses crises mais elle les atténuent.
L'école, est un point où tout est à remettre en question à chaque fois, tant sur le plan informatif, suivi scolaire et hospitalisations qui engendrent des absences multiples.

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